Sésame, ouvre-toi !

Phrase magique qui ouvre l’entrée d’une caverne dans la montagne et qui permet d’accéder à d’innombrables richesses !
Mais qu’est ce qu’un “smart” assistant et autre assistant personnel ou assistant vocal ? C’est un appareil électronique composé d’un microphone, d’un haut-parleur et d’un circuit électronique. Il se branche sur le secteur. Vous devez télécharger une application sur votre ordiphone pour le configurer. Une fois l’application activée, celle-ci se connecte via réseau hertzien (wifi, bluetooth) à votre assistant. Si votre ordiphone est déjà configuré pour accéder au wifi de votre box, il y a de fortes chances pour qu’il partage ses informations avec votre nouvel assistant (identifiant wifi/mot de passe … et localisation géographique en utilisant la fonction GPS de votre ordiphone [latitude, longitude et altitude] + géolocalisation précise de votre adresse ip).

Comment ensuite utiliser votre assistant ? Vous devez prononcer une phrase ou un mot clé : “Ok google”, “Siri” ou “Alexa” avant de formuler votre requête… et votre assistant s’exécutera dans la limite de ses capacités. Il n’a ni bras, ni jambes, ni yeux pour se déplacer … en tout cas, pas encore ! C’est votre robot aspirateur qui lui connaît la topographie des lieux, qui la partage éventuellement sur le net pour qu’un traitement ad-hoc dans le nuage (de poussière ?) lui renvoie un parcours optimisé !

Mais derrière ce microphone et ce haut-parleur, qu’y a-t-il ? Un réseau (internet), des ordinateurs (datacenter) et des traitements. Ces traitements sont une agrégation de technologies diverses : reconnaissance vocale, synthétisation vocale, réduction de bruit mais aussi moteur de recherche, traducteur à la volée …

Microphone : capteur ouvert 24/24 7/7 dans votre séjour, dans votre chambre … Bien évidemment, pour identifier le mot clé, votre assistant, ou plus exactement les traitements associés, est à votre écoute sans discontinuité. Ces traitements analysent tous les bruits, en permanence. Il faut supprimer les sons parasites :
i) les bruits de la rue, de manière totalement empirique sauf … à avoir des microphones dans la rue (réduction de bruit) (lire Safe city kezako ?),
ii) le haut-parleur de votre assistant qui joue de la musique ou répond à une requête (réduction de bruit),
iii) la télé, la radio (tiens, vous regardez, écoutez plus souvent telle chaîne ou telle autre),
iv) le chien qui aboie, le chat qui miaule (tiens ! vous avez un animal de compagnie),
v) le bébé qui pleure (tiens! un futur client)
vi) etc …
Ces traitements doivent ensuite détecter le mot clé – qui n’est pas prononcé de la même façon si vous êtes au Japon, au Texas, dans le nord ou le sud de la France, si vous êtes un enfant ou un adulte …- pour enfin extraire le son qui correspond à une éventuelle requête.

Depuis le début, nous sommes dans des processus de reconnaissance de forme, de l’épuration du son jusqu’à son interprétation. Le son capté, épuré des sons parasites, est décomposé en phonèmes, mots, phrases : processus conditionné par la langue parlée (japonais, anglais, français …). Pour orienter cette requête devenue compréhensible par une machine vers tel ou tel service (moteur de recherche, lecteur de musique, etc …) qui enfin restituera un son : la réponse, la musique ou encore un signal via ondes hertziennes (wifi, bluetooth) ou réseau électrique (courant porteur en ligne [cpl]) pour commander à distance tel ou tel appareil (e.g. régler l’intensité lumineuse de la pièce) – Lire Toi vs ioT (ou de la perversité de la pervasivité).
En faisant l’analogie avec la reconnaissance faciale, le niveau sonore de votre voix, le débit de vos paroles, le vocabulaire utilisé, la forme grammaticale utilisée, d’éventuels trémolos dans la voix peuvent donner des indications sur votre niveau d’éducation, votre état émotionnel.

Moteur de recherche : lorsque vous tapez une requête dans votre moteur de recherche préféré, il vous affiche une liste de choix possibles dont les premiers sont le plus souvent des “liens sponsorisés”. Vous ferez alors votre choix, à 80/90% sur cette première page de résultats, et à 80 % sur les trois premières options qui vous seront proposées.
Avec votre “smart” assistant, vous allez lui déléguer ce choix, par pure paresse intellectuelle. Il ne vous dira pas : “il y 2001 choix possibles, lequel voulez vous ?” . D’ailleurs, la tendance est clairement affichée, Google semble avoir définitivement abandonné le concept qui a fait son succès : le PageRank et propose de répondre en voulant mieux comprendre “l’intention derrière la requête” (Google modifie l’algorithme de son moteur de recherche en français).
Entre 2001 choix et un seul (choix arbitraire de la technologie que vous restituera votre “smart” assistant), tout le monde va se battre au portillon pour être en tête … les places vont être plus chères … et bonjour le placement produit ou la mise en avant de concepts ou d’idées politiques à partir du moment où cela sert d’abord la compagnie qui fournit cette assistance, ensuite les intérêts de ses clients qui sponsorisent “les liens” et enfin vous … Charité bien ordonnée commence par soi même !
De 2001 choix possibles – nouvelle odyssée du numérique – à HAL, de l’ordinateur central de i-Robot ou de cette relation virtuelle dans Her, les exemples au cinéma sont nombreux.

Mais dans votre intimité, que dit la loi ? Revenons sur l’article 226-1 du Code Pénal :

article 226-1 du Code Pénal

Voilà, tout est dit, à partir du moment où vous avez branché votre “smart” assistant et que vous l’avez configuré, vous avez donné votre consentement implicite. Choix imposé à votre famille et à vos invités qui pour ces derniers ne seront pas forcément informés de la présence de votre assistant ! Mais comment alors faire appliquer la loi lorsque vos voix sont captées, transmises, voire enregistrées à votre insu ? Comment identifier vos voix et vos dires qui devraient vous être restitués sur simple demande sur un format exploitable et dans un délai raisonnable (RGPD) ? Faut il rendre obligatoire dans votre salon la présence d’une signalétique particulière, vous incitant ainsi à une auto-censure dans vos propos ?

Le choix d’un “smart” assistant, et au delà l’adoption ou l’utilisation à outrance des technologies du numérique sans discernement, est un choix politique subi ou consenti qui modifie nos interactions avec le monde réel que nous soyons enfants ou adultes. Nous sommes dans la communication confondante et son tautisme (autisme et tautologie) décrits par Lucien Sfez dans son livre La Communication.

Sans oublier que toutes ces informations viennent enrichir les “40 voleurs” : ces big tech outrageusement défiscalisés. Ce sont eux qui sont dans la caverne aux innombrables richesses. C’est vous, en prononçant la phrase magique qui avez ouvert votre caverne, qui contient tant de richesses convoitées : notre intimité, nos personnalités, nos modes de vies.
J’en reste … Baba !

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En tout, l’excès est un vice. Sénèque

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Quelques liens :

Ok Moogle ! parodies de “smart” assistant. Le rire est une arme … qui désarme … Prenons ces parodies pour ce qu’elles sont et veillons qu’elles ne concourent pas, dans nos têtes, au processus d’acceptation de ces technologies !
t’as bu ? [Moogle connait vos habitudes de consommation et addictions éventuelles],
crise de jalousie ! [pizzeria à proximité : Moogle a géolocalisé sa position dans l’espace !], version “shinning” … [femmes et magasin de bricolage à proximité]

Premiers pas de la traduction vocale temps réel avec l’assistant personnel de Google
La Société Générale veut connecter le compte bancaire aux assistants vocaux (ou la fin du secret bancaire !)
L’entrée d’Amazon au capital de Deliveroo néfaste pour les prix et les clients (dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es ! vegan ? hallal ? kacher ? et participons tous à la désertification des restaurants pour une vie dans la ville “uberisée”.

Alexa and Google Home abused to eavesdrop and phish passwords (du smart assistant au smart spy ! )
Amazon admits employees listen to Alexa conversations (il ne s’agit pas des conversations d’Alexa, mais de vos conversations, et les plus prisées sont forcément les plus croustillantes [ébats amoureux, certains assistants ont aussi une caméra] , de l’espionnage au voyeurisme)
Is Amazon’s Alexa SPYING on you? Rise in ‘always listening’ smart assistants raises major privacy fears

Silicon Valley Owes Us $100 Billion in Taxes (At Least) … titre qui entretient une certaine ambiguïté : “owes Us” ou “owes US” … Car il y a aussi “owes France” … un blé … euh non ! un sésame ? … toujours pas ? … un pognon de dingue !

article modifié le 25 décembre 2019

ajout du 1 janvier 2020

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