République Faciale ou Reconnaissance Française ?

Qu’est ce que la reconnaissance faciale ?

La reconnaissance faciale est la « version numérisée » du contrôle d’identité.

Le contrôle d’identité est une prérogative de la police nationale.

Un exemple concret : Je me promène dans la rue et un agent de police me demande de décliner mon identité. Je lui présente un document d’identification (ex : CNI). Il effectue alors un rapide contrôle biométrique :

  • ses yeux « scannent » ma photo d’identité (image 2D) : cette image est momentanément mémorisée dans son cerveau (oui oui, il en a un !) .
  • ses yeux « scannent » mon visage (vision 3D). cette deuxième image est momentanément mémorisée dans son cerveau.
  • son cerveau déclenche alors le processus de reconnaissance de forme et effectue instantanément une comparaison de la 1ière image (« biométrie » référente) avec la 2ième image (« biométrie » à valider).
  • le processus cérébral indique si ces deux images sont analogues et par déduction, si je suis ou non la personne physique qui correspond à l’identité présumée : celle qui est portée sur le document d’identification.
  • en cas de doute, il peut me poser une question complémentaire : date de naissance ?, lieu de naissance ?, dernier prénom ? … pour confirmer et/ou dissiper tout doute dans ce processus.

A la fin du contrôle, l’agent de police ne stockera pas (sauf à être physionomiste) l’image de mon visage et il est quasiment certain que notre rencontre et mon passage dans ces lieux ne sera pas reporté sur un quelconque document. Pour ma part, j’ai été informé que je venais de subir un contrôle d’identité. Dans le cas où l’agent ne prononcerai pas mon nom correctement, je peux corriger son erreur en lui rappelant oralement mon identité. Il m’est même possible de noter le numéro d’identification de l’agent de police pour identification future en cas de litige.

Avec la reconnaissance faciale, le processus est loin d’être analogue.
La « caméra » ( caméra, réseaux, ordinateurs et traitements informatiques associés) qui capturera mon image ne m’informera pas que je suis en train d’être contrôlé, ne m’informera pas si elle a fait une erreur dans son processus d’identification, ne m’informera pas qu’elle est en train d’effectuer son énième contrôle sur ma personne, ne m’informera pas qu’elle fait partie d’un pool de capteurs (caméras) reliées à la même infrastructure (ou non !) qui elles toutes m’ont déjà identifié un trop grand nombre de fois depuis que je me déplace dans cet endroit, ne m’informera pas que cette information est stockée quelque part sur un data center, ne me dira pas quelles sont les personnes qui ont accès à ces informations (sont elles toutes assermentées ? et pour quelles utilités ou missions ? avec quel contrôle (hiérarchie ?, juge ?). Et dans le pire des cas, ne m’informera pas si le data center a été victime d’un « data breach » (je rappelle que + de 80% des problèmes de sécurité viennent de l’interne), ce qui, au passage, est un manquement majeur au RGPD !
De plus, cette « caméra » ne fera pas la distinction entre une personne majeure et une personne mineure. Qui préviendra les parents que leurs enfants ont été contrôlés un nombre incalculable de fois ? Contre qui les parents devront ils se retourner s’ils découvrent que des photos de reconnaissance faciale de leurs enfants ont été détournées ?

Ces informations peuvent-elles être mises dans les mains de sociétés privées ? une illustration nous vient du cinéma (Minority Report où le héros, traversant une galerie commerciale (mall) à deux reprises dans le film, est identifié via biométrie [l’œil brille à plusieurs reprises]. La vidéo ci-dessous, reprend deux moments différents du film : a) [en blouson] avec ses yeux, b) [en tee shirt] avec les yeux d’un autre après greffe ).
On ne parle ni de google, ni de facebook, mais il s’agit bien d’identifier les gens (majeurs et mineurs), pour leur afficher de la publicité contextuelle, géolocalisée, tenant compte de leur état émotionnel (« forget your troubles ! ») et de solliciter l’acte d’achat impulsif.

Si pour une raison quelconque, on me dit un jour : vous étiez présent tel jour, telle heure, à tel endroit. S’agira-t-il de preuves établies ou de présomptions de preuve ? Devant un juge et un avocat de la défense, quels seront les éléments fournis ? Comment interroger la machine qui a procédé au contrôle d’identité il y a 1 an, il y a 10 ans ?
Peut elle être assignée à comparaître pour interroger la qualité de son intelligence (artificielle) si elle est à l’origine d’une erreur judiciaire ?
Pourra-t-on « rejouer » les traitements « à l’identique » du fait de l’obsolescence … programmée … des technologies : matériels, o.s., logiciels, données ?

La République Française est elle compatible avec la Reconnaissance Faciale ?

Les interrogations sur ces nouvelles technologies sont trop nombreuses. Elle font intervenir des technologies tierces, voire des personnes « morales » tierces. Elle modifie en profondeur dans l’espace et dans le temps la confiance, le contrôle, bref le contrat (constitution) entre le peuple souverain (citoyens majeurs ou mineurs) et l’état.
Elles ont un impact à terme sur le lien social, sur ce qui fait société.

Quelques liens sur internetactu.net:
La seconde vague de la responsabilité algorithmique
De la difficulté à imposer la transparence des décisions automatisées

(ajout du 2019/12/18) Vidéosurveillance : la CNIL épingle plusieurs établissements scolaires / La Cnil épingle plusieurs collèges et lycées pour utilisation excessive de la vidéosurveillance

Ce contenu a été publié dans Non classé. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.